Le village

Des origines à nos jours

L’origine de Larchant avant l’ère chrétienne est un sujet qui a toujours passionné les curieux et tous ceux fascinés par son église de pèlerinage. Ce site est un lieu mystique, qu’il a inspiré pendant des siècles la foi des hommes et des femmes qui l’habitaient, avant même d’être un haut lieu de la spiritualité chrétienne.

L’eau, sous toutes ses formes (source, fontaine, rivières, fleuves et océan, marais et eau stagnante) a toujours été objet de culte dans la Gaule. La plupart des auteurs pensent retrouver, sur ces sanctuaires gaulois ou gallo-romains, la persistance de croyances celtiques antérieures.

La plupart des sanctuaires de la Gaule dédiés au culte de l’eau ont été détruits au IIIe siècle par les invasions des barbares ou au IVe siècle par les invasions germaniques, puis par le développement de la religion chrétienne. On peut dater la destruction et l’abandon du sanctuaire de Larchant entre 350 et 378. Les autres sanctuaires proches de Larchant (Sceaux du Gâtinais, Pithiviers-le-Vieil, Châteaubleau ont été détruits à peu près à la même époque.

Ces sanctuaires détruits ne furent pas reconstruits et le culte qui y était célébré s’est perdu peu à peu dans l’oubli. La grande invasion de 406-407 achèvera de ruiner définitivement le paganisme gaulois. Ce qui ne veut pas dire que la dévotion païenne des populations ne continua pas à s’exprimer, mais sans la matérialité de l’édifice cultuel. Les habitants de Larchant continuèrent sans doute d’aller à la Fontaine, perdue au milieu des bois.

Dans la Gaule païenne, on ne relève pas d’hommes en particulier qui auraient été renommés par leurs talents de guérisseurs. Les foules se référaient à un lieu sacré, cherchaient à se guérir par des ablutions en priant leur dieu. Avec l’avènement du christianisme, ces vertus guérisseuses vont se reporter sur un saint homme, médecin et guérisseur. La légende de Saint Mathurin, né selon la légende, à Larchant au IIIe siècle en est l’illustration. Elle décrit les miracles opérés par le saint : guérisons, exorcismes. La vertu du saint s’opère également à distance, et par l’intermédiaire d’objets. Tout cela est organisé selon une certaine mise en scène. Nous avons là les prémisses des grands pèlerinages qui vont se dérouler sur les tombeaux de ces saints thaumaturges. De nouveaux lieux actifs, autour du tombeau contenant les restes (les reliques) du saint, vont alors émerger. Le bain du baptême remplaça le culte de l’eau. Au contraire, les ablutions païennes furent considérées comme des occasions de rencontres avec les démons.

Ceci peut permettre de formuler l’hypothèse que Larchant, à la fois le lieu de culte et le lieu de vie des habitants, ait quitté les abords du marais pour se déplacer vers le coteau qui entoure le golfe de Larchant. Il ne pouvait être question de bâtir le culte chrétien sur les mêmes lieux qui avaient abrité le culte païen. D’autre part, des raisons de sécurité ou tout simplement, une montée des eaux, peuvent également expliquer cette translation qui aurait amené les habitants à se déplacer d’environ 500 m.

Nous sommes toujours dans l’ignorance de l’existence d’une église primitive avant et à l’emplacement de l’église actuelle, dont l’histoire commence à la fin du XIIe siècle. Quel édifice religieux existait-il durant les 600 ou 700 ans qui précédaient ? Certains auteurs ont supposé que la chapelle édifiée à l’emplacement du tombeau du saint était cet édifice, vers lequel les foules se rassemblaient. Cette hypothèse, qui peut être vraisemblable pour les premiers siècles, ne peut tenir pour la période autour de l’an mil. La charte-pancarte du prêtre de Larchant, Dodo, rédigée vers l’an 1075, récapitule déjà une liste d’une soixantaine de donations de bienfaiteurs de l’église et de Saint Mathurin, provenant des villages des environs

La première unité du village, avec une enceinte probablement circulaire, se rapproche d’autres lieux du même type, tels l’abbaye de Tournus, ou la cathédrale fortifiée de Maguelone (dont l’enceinte fortifiée mesure également 90 toises), ou de St Bertrand de Comminges. Il s’agit d’un compitum, un sanctuaire de carrefour. Le village actuel garde encore quelques traces du Larchant ancien, avec les vestiges de son ancienne enceinte et ses cinq portes.


D’après le rapport de la ZPPAUP d’Edouard Gardebois ; Aline Rousselle : croire et guérir. La foi en Gaule dans l’Antiquité tardive ;Jean-Paul Lelu, Bulletin de l’Association Culturelle n°8(2)

larchant fontaine saint mathurin

Fontaine Saint-Mathurin

pdf Croire et guérir, la foi en Gaule dans l'Antiquité tardive (par Aline Rousselle)

pdf Larchant avant l'an mil: recherches autour d'Elisabeth Le Riche, Dame de Sceaux et de Larchant (par Michel Lepage)

pdf Sceaux du Gâtinais (par Marc Verdier)