Nature

Formation du sable et des rochers

Cette cuvette entame les sables de Fontainebleau jusqu’au soubassement du calcaire lacustre, lequel affleure dans un entonnoir profond de 4 mètres, le Gouffre de Larchant (à la cote + 64 m), drainant les eaux de ruissellement. La formation de ce golfe a fait l’objet de plusieurs hypothèses. L’une d’elles suppose que la région a été occupée, à la fin du Stampien, par une très grande dune, la première en bordure des eaux lacustres du Sud. Plus au Nord, les autres dunes, plus petites, forment les alignements de Fontainebleau. Le calcaire de Beauce n’aurait recouvert que d’une mince couche ce sommet dunaire. Un décapage facile par les eaux aurait provoqué très tôt un régime de ruissellement convergeant vers le fond de la cuvette. Cette inversion du relief est exceptionnelle dans le massif de Fontainebleau. De plus, l’existence d’une fosse crétacée (Sénonien, à la cote 0), explique l’épaisseur maximum (55 m) des sables, où ils sont exploités de manière intensive et ancienne, notamment à Bonnevault, Chevrainvilliers et Ormesson. Cette fosse correspond au synclinal jurassique de Fontainebleau/la Chapelle-la-Reine, reconnu par des forages profonds au Puiselet.

Les sables, résultat d’une transgression des dépôts marins il y quelque 35 millions d’années (à l’époque le climat était chaud, méditerranéen à subtropical), montrent deux cycles d’une vingtaine de mètres, avec des sables plus grossiers à petits galets à la base et des sables fins au sommet. Les grès de Fontainebleau se sont formés dans les sables blancs, vers le sommet de la formation, à partir de sables cimentés par de la silice (plus ou moins mêlée de calcaire, ce qui rend les grès plus ou moins durs). Dans certains cas, le ciment siliceux a été assimilé au réseau cristallin des grains de grès, ce qui donne un grès quartzite particulièrement dur. Ils se disposent souvent en plusieurs lentilles sub-horizontales, superposées, de 0,5 à 8 m d’épaisseur. Les données du sondage indiquent que ces lentilles de grès qui affleurent sur les rebords des plateaux et dans les vallées ne s’étendent pas sous la couverture calcaire des plateaux. Cette grésification s’est sans doute produite à une époque relativement récente et leur genèse proviendrait des mouvements de l’eau au sein de la formation sableuse, chaque niveau gréseux correspondant à un ancien niveau piézométrique de la nappe. Ces grès se sont formés en même temps que le dépôt des calcaires d’Etampes dans les dépressions interdunaires. L’examen d’une carte topographique permet de bien matérialiser les alignements gréseux et leur parallélisme, avec de notables exceptions. Dans le secteur des Trois Pignons, quelques directions diffèrent de celle du reste de la forêt de Fontainbleau, c’est-à-dire Ouest-Nord-Ouest/Est-Sud-Est, et surtout à Larchant, où plus aucun alignement n’est visible. Le géologue Obert constate que dans cette bordure Ouest et Sud du massif (Larchant, Puiselet, Darvault), certains des niveaux de grès qu’il distingue (au nombre de quatre) ailleurs dans le massif, sont ici absents, ce qui pourrait nécessiter de modifier les hypothèses quant à la genèse des grésifications alignées.

La dislocation de la dalle de grès en bordure des platières donne lieu à des éboulements rocheux sur les pentes sableuses. Ce sont des chaos de forme prismatique mais qui deviennent de plus en plus arrondis, en dômes réguliers, à mesure que l’on s’éloigne des escarpements. Le soutirage du sable et son écoulement en bordure de platière laissent des vides entre les blocs rocheux, formant des couloirs, des labyrinthes, des auvents, des galeries et des grottes. Les grottes les plus vastes existent sous la table de grès encore en place (c’est le cas de la « grotte à la peinture »). Les autres grottes, situées dans les chaos, sont en général étroites et de faibles dimensions.

Depuis 2 millions d’années, l’érosion s’est appliquée à décaper le calcaire, à déblayer les sables, à démanteler les plateaux, à entasser les blocs de chaos pour façonner les sites qui attirent à Larchant les promeneurs et les varappeurs. Le tourisme moderne a entraîné une surfréquentation des massifs qui accélère le processus érosif. Il suffit de parcourir les pentes voisines de la Dame Jouanne ou les abords de la caverne des brigands, pour mesurer l’ampleur du phénomène.s

D’après les travaux de Daniel Obert, Médard Théry et Pierre Doignon

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La dislocation de la dalle de grès en bordure des platières

pdfLes formations tertiaires du "Golfe" de Larchant (par Marc Verdier)