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Sybille Friedel

Roseaux, plumes, bulles, processions végétales, signes d’encre parcourus de courants d’air cosmiques, tantôt penchés vers l’orient, tantôt vers le couchant, agités parfois de tumultes et de tourbillons, ou bien encore  effleurés, comme par la caresse  d’un duvet, à l’image de la vie, ce Janus bifrons distribuant ses douceurs et ses brutalités sans ménagement.

Il est bon pour entrer dans l’univers visuel et intérieur de Sybille Friedel d’avoir vu le Marais. C’est là l’une des sources de son inspiration, cette sauvagerie rythmée par un esprit botaniste et musicien qui aurait, d’un coup de baguette magique amené l’eau au cœur de la lande, puis aurait distribué  le long des canaux de grands arbres aux allures de mages, peupliers et saules, érables et aliziers, amélanchiers et cornouillers, sans oublier le merveilleux ginkgo aux feuilles en forme  d’éventails miniatures. Le même esprit artiste a su broder les rives de haillons de verdure, ombellifères et orchidées, phragmites et lysimaques et poursuivi sa tâche, la même, au fond, mais sous une autre forme, en bambous de lumières se reflétant dans l’eau à la nuit tombante, en lambeaux transparents, accrochés dans les arbres comme les lettres d’une calligraphie inconnue, et prenant des allures féeriques lorsqu’ils s’éclairent  d’un seul coup dans la nuit.

Il est bon encore d’avoir entendu le chant des crapauds au crépuscule, le croassement des grenouilles, le jour durant, les frémissements aquatiques, le vol pesant des canards au dessus de l’eau silencieuse, et d’avoir eu la joue frôlée par quelque éphémère ou quelque libellule pour déceler en  tous ces bruissements subtiles une musique profonde dont la peinture se fera l’écho .

L’artiste, en effet,  recueille ces sensations puis les laisse passer à travers elle dans la main qui tient le pinceau ou la plume. Le poignet s’élance, concentré, pure énergie à la rencontre du papier de riz dont la surface se laisse impressionner. L’artiste s’efface, assimilant les rythmes et les visions pour les transformer. Encre et eau jouent leur sonate, tantôt cristalline, tantôt basaltique, toujours musicale, au point que l’on songe à quelque suite de Bach. Et l’on se demande comment, par la seule vertu de l’eau, de l’encre et du papier, des élémentaires si fragiles, une telle affirmation d’énergie est possible sans que rien ne soit expressément dit.

Le parcours de Sybille Friedel passe par le Museum d’Histoire Naturelle et l’apprentissage de l’aquarelle sur vélin comme on la pratiquait à Paris au siècle des Lumières. Ensuite, l’artiste a trouvé tout naturellement son maître en la personne du peintre coréen Ung-Noo-Lee. D’un long apprentissage de la calligraphie avec lui, elle a gardé le suc pour prendre son envol, accomplissant en elle la synthèse d’un art ancestral venu d’Orient et d’une tradition picturale française. Rien de la vie, si difficile soit-elle, n’est exclu de la toile en papier de riz où alternent et se répondent les notes claires et les notes sombres, la pesanteur et la grâce pour reprendre le beau titre de Simone Weil.

La sauvagerie, poétiquement mise en rythme de manière à ouvrir l’espace à notre sensibilité et l’entraîner au-delà d’elle-même dans un bouillonnement de vie, dans un frémissement d’esprit, un vent – l’un de ces vents dont on ne sait « ni d’où il vient, ni où il va ». C’est cela, l’alchimie de l’encre et de l’eau, devenus les mediums d’une pure force vitale qui est aussi pure attention. La poétesse italienne Cristina Campo aurait sans doute reconnu en cette peinture l’une des formes possibles de ce qu’elle appelait la « sprezzatura ». L’œuvre de Sybille Friedel a cette vertu de désigner en s’abstenant de nommer, de suggérer en disparaissant pour délivrer un je ne sais quoi de précis, de large, d’infini peut-être – une présence - ce qui a pour effet de raviver le courage, de magnifier le goût de vivre induit par cette manière de contempler la beauté du monde. Oui, il y de la délivrance dans cette peinture.

Edith de la Héronnière

sybille friedel

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sybille friedel

Le fou - Sculpture bronze 2008 - Taille 180cm / 160cm / 20cm

sybille friedel

Le canard Sculpture bois 2009 - Taille 80cm / 15cm / 20cm